Harmonia.
𝄞 Douze pièces, un seul récit

De Bach à Evans
une histoire de la dissonance

Douze extraits du répertoire, vérifiés partition en main, qui racontent la même histoire sous des angles différents : ce que l’harmonie tonale fait de sa propre tension. Deux fils la traversent — l’accord de septième diminuée et son cousin demi-diminué, et la cadence elle-même.

Fil rouge — un accord, cinq statuts

iiø6/5
Bach
ouvrière de cadence
vii°7
Beethoven
rhétorique du drame
+6 fr.
Chopin
chromatisme de conduite
acc. de Tristan
Wagner
énigme insoluble
Aø9
Evans
couleur lexicalisée
Ré#ø7
Debussy
pur timbre
fonction active (tension → résolution) couleur pure (aucune obligation)
I

Les fondations

Bach — le contrepoint qui engendre l'harmonie

BachInvention n°1, BWV 772

Cours 13 · Contrepoint à 2 voix

La dissonance naît du simple croisement des lignes, pas d'un chiffrage voulu : un vii° complet traverse les mesures 3-4 sans que Bach l'ait même noté. L'harmonie comme sous-produit de la conduite des voix.

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BachWachet auf, ruft uns die Stimme, BWV 645

Cours 26 · Basse et soprano donnés

Le modèle historique dont l'exercice d'examen est la simulation. Le choral n'entre même pas sur la tonique — sa première harmonie est un vi7, une fausse entrée qui retarde d'une phrase entière la vraie tonique.

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BachJesu, meine Freude (choral intégral)

iiø6/5

Cours 27 · Schenker

La demi-diminuée (iiø6/5) revient trois fois comme simple ouvrière de cadence. Sous la surface animée, une seule prolongation structure tout le Stollen : tonique → dominante → tonique.

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II

La grammaire classique, et sa dramatisation

Mozart — Beethoven, dix ans plus tard, même squelette

MozartSonate K.545, 1er mouvement (exposition)

Cours 28 · Forme sonate

Chaque rouage de la forme sonate à l'état pur, sans un gramme de chair superflue. La cadence finale (ii6 – I6/4 – V7 – I) est exactement le squelette que Beethoven reprendra dix ans plus tard, note pour note.

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BeethovenSonate Pathétique, Grave (introduction)

vii°7

Cours 39 · Les 7èmes d'espèce

Même squelette cadentiel que Mozart (iiø6/5 – i6/4 – V7♭9), mais le mode mineur, le point d'orgue et le refus de résoudre transforment la lumière en gouffre. Le romantisme ne change pas la grammaire — il change la dramaturgie.

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III

Le chromatisme et la suspension

Chopin — Wagner, le même accord, deux siècles de débat

ChopinPrélude op.28 n°20

Cours 24 · Les sixtes augmentées

Une sixte augmentée française authentique (Réb7♭5/Lab en lecture jazz) gouverne la descente chromatique. Le même accord, note pour note, réapparaît vingt ans plus tard chez Wagner.

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WagnerPrélude de Tristan und Isolde

acc. de Tristan

Cours 25 · Chromatisme avancé

Le même accord que chez Chopin (Fa-La-Si-Ré# une fois résolu), désormais au centre d'une ambiguïté volontaire — demi-diminuée autonome, ou sixte augmentée qui se résout ? Chaque dominante résout « au suivant », jamais au présent.

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IV

La dissolution

Satie — Debussy, la fonction remplacée par la couleur

SatiePremière Gymnopédie

Cours 14 · Harmonisation modale

IVmaj7 et Imaj7 alternent neuf mesures durant — la dominante n'est jamais entendue. La dissonance (7e, 9e) devient couleur pure, sans jamais réclamer de résolution.

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DebussyLa Cathédrale engloutie

Ré#ø7

Cours 29 · Analyse comparative du répertoire

Le mode, la pédale, le registre et la nuance remplacent entièrement la fonction. Sur 89 mesures, une seule vraie cadence (V7–I de sol#) existe — enfouie dans la section la plus sombre, comme une relique de grammaire au fond de l'eau.

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V

La relexicalisation

Le jazz repêche ce que le XXe siècle avait dissous

Duke EllingtonSatin Doll

Cours 12 · Substitution tritonique

Réb7 remplace Sol7 en partageant le même triton (Fa-Si) : la substitution devient un vocabulaire codifié, enseignable, réutilisable à volonté.

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Joseph KosmaAutumn Leaves

Cours 15 · Progressions jazz avancées

Presque chaque mesure est une dominante secondaire. La marche par quintes qui, chez Mozart, n'était qu'une séquence à l'intérieur de la forme (K.545, m.18-21) devient ici la forme elle-même — un chorus entier bâti sur ce seul circuit.

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Bill Evans TrioMy Funny Valentine

Aø9

Cours 16 · Réharmonisation

Le vocabulaire hérité de Bach et transformé par Debussy — demi-diminuées, dominantes altérées — est désormais un lexique disponible à volonté. Le voicing devient l'objet expressif lui-même, plus que la fonction qu'il porte.

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Ce qu’il faut retenir

Quatre idées à garder

  1. Un seul accord, cinq statuts. La demi-diminuée / septième diminuée naît chez Bach comme outil de cadence, se dramatise chez Beethoven, devient énigme chez Wagner, lexique chez Evans et pur timbre chez Debussy — sans jamais changer de notes.
  2. La cadence, un empire qui rétrécit.Moteur omniprésent chez Bach et Mozart, dramatisée chez Beethoven, suspendue indéfiniment chez Wagner, elle n’est plus qu’une relique unique et cachée chez Debussy — une seule cadence authentique en 89 mesures.
  3. Deux rimes structurelles, vérifiées note pour note.Le même accord de sixte augmentée relie Chopin et Wagner ; le même cycle de quintes relie l’exposition de Mozart et la grille d’Autumn Leaves — sous des habits stylistiques opposés, la même mécanique.
  4. Le romantisme et le jazz n’inventent pas de nouvelle grammaire. Ils redistribuent la dramaturgie et le statut des mêmes objets harmoniques hérités du contrepoint baroque.